Les deux jeunes femmes arrivèrent enfin à Sassay. Elles avaient roulées pendant plus de deux heures, en faisant une pause pour le petit déjeuner. La découverte de la petite commune, surprit Abby et Lola, qui étaient habituées à la cohue de Paris. La petite bourgade possédait son Eglise, une école, et des petits commerces. Abby sourit. L’endroit lui plaisait déjà. Elles s’arrêtèrent devant la boulangerie-épicerie, et Abby éteignit le moteur. Lola descendit, et Abby l’imita aussitôt. Elles retirèrent leur casque, sous les yeux des habitants, qui les observaient.

            -Je vais nous acheter des croissants, et demander notre chemin en même temps, Dit Abby à Lola. Tu m’attends ici ?

Lola hocha la tête, et Abby entra dans le magasin. Une clochette tinta, quand elle ouvrit la porte. Une femme de forte corpulence apparut, un grand sourire sur les lèvres, et l’accueillit :

            -Bonjour ! Que puis-je vous servir ?

            -Bonjour, Madame, Lui dit Abby, en lui rendant son sourire. Il me faudrait quatre croissants, s’il vous plaît. Est-ce que vous faites la livraison des provisions ?

            -Oui, bien sûr ! Ce serait pour quelle adresse ?

            -Le manoir de Sassay.  

La femme fit soudain les yeux ronds, et une expression de frayeur se peignit sur son visage. Elle regarda sur les côtés, comme si elle eut peur que quelqu’un l’ai entendu. Abby haussa les sourcils, surprise par la réaction de la boulangère.

            -Quelque chose ne va pas ? Lui demanda-t-elle.

            -Je… Je ne livre…Pas là-bas. Bégaya celle-ci. Vous ne devez pas allez là-bas.

            -Pourquoi ?

            -Cet endroit est maudit. Plus personne ne l’habite depuis plus de dix ans. On dit qu’il est hanté.

Abby sourit, ne croyant pas au paranormal, et dit à la femme :

            -Eh, bien ! Me voilà dans de beaux draps. Je suis la nouvelle propriétaire. Si je comprends bien, il va falloir que je cohabite avec des fantômes.

            -Ne vous moquez pas, Madame. Nombreux sont ceux qui ont acheté cet endroit, son partit en laissant tout derrière eux, ou ont fini à l’asile.

            -Il se trouve où ce manoir ?

            -Sortez du village, continuez tout droit, jusqu’à la prochaine bifurcation, et vous devrez prendre à gauche. C’est un chemin privé. Vous trouverez le manoir deux kilomètres plus loin.

Abby commença à prendre peur à son tour, maudissant la boulangère de lui donner son angoisse. Elle prit les croissants, paya et sortit en remerciant la femme.

Dehors, Lola l’attendait sagement appuyée contre la moto, les bras et les jambes croisées. Elle lui adressa un sourire, et rejoignit son amie.

            -Tu en as pris combien ? Lui demanda Lola.

            -Quatre.

            -C’est tout ?

            -Tu en as bien assez ! Si tu veux vivre avec moi, il faudra que tu cesses de te goinfrer de gâteaux.

            -Je ne me…

            -Lola, je te connais depuis longtemps, et je connais ta faiblesse pour toutes ces petites pâtisseries.

            -Bon d’accord. J’avoue ! Lança Lola, les mains levées vers le ciel. J’aime ça, je n’y peux rien.

            -Il faudra te trouver un autre passe-temps. Tu viendras faire de l’escalade avec moi.

Son amie bougonna quelque chose, mais Abby n’entendit pas. Elle enfourna les paquets de croissants dans son blouson, et remit son casque, avant de démarrer son roadster. Elles montèrent sur la machine, et partirent en direction du manoir. Abby prit la direction indiquée par la boulangère, et sortit de la petite bourgade. Le paysage changea. A présent, elles étaient entourées de champs, où poussaient maïs et blé. Après quelques kilomètres, elles arrivèrent à la bifurcation, et Abby tourna à gauche. Le chemin diminua, laissant la place pour une seule voiture, et plongea dans une forêt épaisse. Elles continuèrent pendant deux kilomètres, et arrivèrent devant un immense portail rouillé aux pointes acérés. Abby stoppa sa moto, et éteignit le moteur. Elles descendirent et retirèrent leur casque. S’approchant du portail, elles observèrent le manoir, qui s’élevait dans le ciel, petit mais imposant. Il donnait un aspect lugubre, et Abby sentit un frisson lui glacer le sang. Il y régnait une ambiance étrange, comme si la vie s’était arrêter au-dessus du toit de l’imposante demeure. Lola tira sur la manche de son manteau, et lui demanda :

            -Tu es sûre que c’est ici ?

Abby tourna la tête vers son amie, et lui murmura :

            -Je crois bien que oui.

            -Rien que de regarder cette bicoque, j’en ai la chair de poule.

Abby frissonna et tourna la tête vers le manoir. Un mauvais pressentiment lui traversa l’esprit. Et si la boulangère avait raison ? En voyant le terrain en friches, et le manoir en piteux état, elle sentit le courage la quitter. Elle se rabroua mentalement, et poussa la lourde grille en fer forgé. Le portail grinça sur ses gonds dans un bruit sinistre. Lola se rapprocha d’Abby, peu rassurée et s’accrocha à son bras. Abby tourna la tête vers Lola, et lui dit d’une voix grave :

            -Bienvenue dans la maison de l’horreur !

Lola sursauta de peur, et Abby éclata de rire. Lola la morigéna, ce qui ne calma pas son amie. Celle-ci démarra sa moto, et l’enfourcha. Elle lui dit :

            -Allez viens, monte. Je suppose que tu ne veux pas rejoindre l’entrée à pied. Au cas où une vilaine bête viendrait te mordre l’orteil.

            -Cesse de te moquer de moi ! Je suis sûre que tu as autant la frousse que moi !

            -C’est juste un manoir délaissé, pas la maison de Dracula.

Lola lui jeta un regard courroucé, et monta derrière elle. La moto avança doucement, et les deux femmes découvrirent à quel point le terrain avait besoin d’être nettoyer. Les mauvaises herbes atteignait le dessus des genoux, des ronces s’agrippaient par-ci par-là, sur les arbres ou encore les statues qui bordaient l’allée. Quand au manoir… Les menuiseries étaient usées, et manquaient de tomber. La toiture était en bon état, et avait su résister à l’épreuve du temps. Malgré le soleil qui réchauffait l’endroit, le manoir était sinistre avec sa façade sombre. C’était comme si une force maléfique s’en dégageait, une force invisible qui semblait surveiller les lieux.

Abby stoppa sa moto dans la cour, devant la lourde porte en chêne. Elle posa son casque sur la première marche du perron, et observa la bâtisse. Elle avait connue de meilleurs jours, c’était certain. Elle écouta sans un bruit, et remarqua le silence qui régnait. Subitement, un corbeau s’envola en poussant son cri lugubre. Abby observa l’oiseau voler, et sursauta en sentant le bras de Lola l’agripper.

            -Tu…tu es certaine que c’est ici ?

            -Oui… enfin, je crois. La pancarte à l’entrée indique bien le nom du manoir. Allons voir s’il y a quelqu’un.

Lola n’était pas très rassurée à l’idée de rentrer dans cette demeure à l’allure sombre. Abby monta les deux marches du perron, et posa la main sur le lourd anneau métallique, pour frapper. Mais à peine avait-elle posé la main sur le cercle, que la porte s’ouvrit doucement, dans un grincement lugubre. Les deux femmes frissonnèrent, et pénétrèrent à l’intérieur de la demeure. Abby fit quelques pas, et observa les lieux, tout en retirant son blouson. Une épaisse couche de poussière recouvrait le sol et les meubles drapés, et de nombreuses toiles d’araignées flottaient sur les coins des murs. Elles formaient des voilages tant elles étaient grandes et recouvertes de poussière. Un immense lustre s’imposait au centre du plafond, d’où on pouvait à peine apercevoir sa couleur. La poussière, ici aussi, avait fait son œuvre, car les cristaux qui ornaient le lustre, n’avaient plus leur éclat d’origine. Le hall d’entrée était petit, formant un arc avec deux grands piliers qui supportait un imposant escalier de marbre. Un guéridon se trouvait non loin des premières marches, et Abby aperçut une liasse de documents posés dessus. Elle s’approcha, et aperçut une chemise jaunie par le temps. Elle posa son casque et son blouson sur la première marche de l’escalier, et s’empara du document. Elle fronça les sourcils en s’apercevant qu’il n’y avait aucune trace de pas sur le sol, mise à part les siennes et celles de Lola. Le sentiment de malaise qui s’était emparé d’elle peu de temps avant, s’intensifia. Comment ces documents étaient –ils arrivés sur cette table, sans que personne ne les y déposes ? Elle se retourna vers Lola, qui étudiait les lieux, et lui dit :

            -Tu ne trouve pas ça étrange ? Ces documents…

            -A mon avis, Lui répondit Lola inquiète. Tout est étrange ici.

Abby ouvrit le dossier, et remarqua l’écriture ancienne. Elle admira les lettres écrites avec grâce, comme les gens de l’époque du 18èmesiècle. Elles étaient légèrement courbées, et les L possédaient de grandes boucles. Le document avait été écrit à l’encre, et non au stylo à bille. Abby lut le contenu, et haussa les sourcils de surprise. C’était l’acte de propriété cédé à son attention, stipulant qu’elle était la nouvelle propriétaire des lieux. Abby appela Lola, mais celle-ci n’était plus là. Elle regarda autour d’elle, et aperçut les traces de pas, qui menaient vers un couloir légèrement sombre.

            -Lola ? Appela-t-elle. Tu es là ?

Elle suivit les traces, et longea le couloir assombrit par le manque de lumière. Ses pas raisonnaient entre les murs, et Abby appela de nouveau son amie, pour combler le silence. Elle arriva à une porte, qui était ouverte, et d’où elle pouvait voir la cuisine. Elle s’apprêtait à entrer, quand...