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                Manoir de Bellegarde, 1429. Lorianna, du haut de ses dix neuf ans, finissait de seller Tornade, prête à partir au combat. Elle était plongée dans ses pensées. Elle allait devoir combattre seule, à présent. Florian la laissait pour ses responsabilités dû à son rang. Ils avaient aimés se battre ensemble contre l’ennemi et s’étaient aimés aussi corps et âme. Si seulement son père, Pierre de Bellegarde, en avait décidé autrement de sa vie, elle serait une femme tout à fait normale. Mais ce n’était pas le cas, elle était un « homme », et avait pour nom Lorian. Enfin, c’est ainsi que l’appelait son père.

Tout à coup, elle l’entendit approcher, mais continua de s’affairé, ne voulant pas lui parler. Ils s’étaient disputés la veille à cause de son départ, et elle ne voulait pas revenir la – dessus. Elle sentit son regard se posé sur elle, et un frisson la traversa. Florian posa la main sur la croupe du cheval, et observa Lorianna, comme il aimait toujours le faire. Elle était d’une beauté rare, et indéniablement caractérielle. Mais elle était généreuse et patiente. Son regard descendit le long de son corps. Bien fait, légèrement  musclé par les années d’entrainements, et bronzé. Il connaissait chaque détail de son corps, chaque faiblesse, et sa poitrine… Elle n’avait pas été gâchée, malgré que Lorianna la bandait un maximum pour cacher cette mascarade. Il aimait la courbe de ses seins, quand il les caressait. Et ses cheveux… de couleur noir de jais et coupé courts, étaient d’une telle douceur, qu’il aimait y glisser ses doigts. Le regard de Florian remonta jusqu’à son visage. Si beau, si pure. Il aimait ses lèvres charnues et bien dessinées, et sa petite fossette qui se creusait lorsqu’elle lui souriait, le faisait craquer encore plus. Et enfin, ses yeux. Elle avait un regard en forme d’amande, d’une couleur vert métallique, et expressif.

Il se ressaisit, sachant que s’il ne s’arrêta pas, il serait capable de la prendre ici même. Voyant qu’elle ne voulait toujours pas le regarder, il commença :

                -Lorianna… Je suis venu essayer de te convaincre à nouveau.  Je t’aime, et je sais que c’est réciproque. Viens avec moi, et épouses moi. Je veux que tu deviennes ma femme, je veux des enfants de toi. Tu seras heureuse, je te le promets. Tu auras autant de robes et de bijoux que tu  voudras…

                -Des robes ? Des bijoux ? Le coupa Lorianna, furieuse. Elle serrait les poings tellement forts, que ses phalanges blanchirent. Pour qui me prends – tu ? Tu crois que je vais m’amuser à m’affubler de chiffon et supporter des marmots qui s’accrocheront à mon giron ? Jamais de la vie ! Je préfère de loin mes champs de batailles.

Regrettant ses mots, elle fixa Florian, puis se radoucit et lui dit :

                -Je ne peux pas, Florian. Trouves toi une femme qui t’aimera et te donner  de beaux enfants. Je n’ai pas le droit à tout ça. Je n’ai pas le choix.

                -Mais tu ne peux pas continuer ainsi, à vivre sous les ordres de ton père ! Tu vaux bien plus que ça, Lorianna ! Tu ne peux continuer à vivre pour le caprice d’un père. Viens avec moi.

Lorianna monta sur son cheval, et lança un regard chargé de tristesse. Elle fit pivoter son cheval, et les larmes aux yeux, le lança au galop. Sans un mot d’adieu à Florian, elle lui cria seulement :

- Jamais !

Florian la regarda partir, plus triste que jamais. Les poings serrés, il lui cria à son tour :

-Un jour on a toujours le choix, Lorianna ! Toujours !

Lorianna traversa la forêt de Bellegarde en direction d’Orléans. Tornade galopait à vive allure. Lorianna le poussa à bout, jusqu’à avoir quitté le bourg de Bellegarde. Elle continua ainsi jusqu’à la tombée de la nuit. Elle avait parcouru pas mal de chemin, et était presque arrivée à Orléans. Elle arriva dans un bois, et trouva une clairière. Un lac s’y trouvait au centre de celle-ci, l’invitant à venir s’y baigner. Elle descendit de Tornade, lui donna un peu d’avoine, et entrepris de faire un feu près d’un arbre, comme elle aimait toujours le faire. Elle sortit de son sac, un morceau de pain et de la viande séchée, et commença à manger. Mais elle n’avait pas faim. Ses pensées étaient toujours revenues à la même personne : Florian.

La nuit éclairait à présent la clairière, et elle pouvait voir l’eau scintillée doucement. Prise d’une envie subite, elle se leva, se déshabilla et plongea dans  l’eau. Elle aimait sentir le contact de l’eau sur sa peau nue, et la fraicheur lui fit du bien. Soudain, ses pensées virèrent vers Florian, quand ils aimaient se baignés sous la clarté de la lune. Ils étaient nus, s’enlaçaient et faisait l’amour… Enervée, elle sortit de l’eau, n’arrivant pas à enlever l’homme qu’elle aimait de sa tête.

Elle s’habilla, et s’assit contre le tronc de son arbre. La nuit passa, et elle ne ferma pas l’œil de la nuit. Au levé du jour, elle repartit au triple galop, en direction de la grande ville. Elle allait combattre contre les Anglais, aux côtés de Jeanne d’Arc. Elle avait hâte d’y être, car elle avait besoin de se défouler.

Lorianna galopa encore une journée entière, avant d’arriver au campement prévu, dans les bois, non loin d’Orléans. Le soleil se couchait quand elle pénétra dans une grande clairière, d’où était implanté le campement. Elle chercha un coin isolé, pour ne pas avoir à parler avec ses congénères. Elle en trouva un, avec un arbre. Elle descendit de son cheval, et s’installa tranquillement. Tout à coup, Lorianna entendit un bruit dans son dos. Elle se retourna et dégainant son épée, prête à se défendre.

                -Oh là ! Dit un homme en levant les mains pour sa défense. Du calme, gardez vos forces pour le combat à venir. 

Lorianna rangea son épée dans son fourreau, et regarda l’homme. Celui – ci la regarda et lui dit :

                -Je suppose que vous êtes Lorian de Bellegarde. Votre père m’a beaucoup parlé de vous. Mais dites-moi… On ne se serait pas déjà rencontrer au bal du Comte de Pithiviers ? Mais ce jour là, vous portiez une robe, et…

                -En effet ! Mais je compte sur votre discrétion, monsieur, Dit  Lorianna, le visage toujours aussi sévère. Ne tiens pas à ce que mes hommes apprennent que leur capitaine soit une femme.

                -Je suis désolé de ce qui vous arrive,  Lorian.

                -Inutile vous excusez,  colonel. Le coupa Lorianna sèchement. Je suis habituée à cette situation. Je vous demande juste de garder le secret.

Richard se racla la gorge, puis lui dit :

                -Je suis venu vous chercher, Jeanne la pucelle va nous donner les directives.

Ils se dirigèrent vers une grande tente, et y pénétrèrent. Plusieurs hommes étaient déjà présent, installés autour d’une grande taille, où l’on pouvait voir un plan de la ville d’Orléans. Une fois que tout le monde fut regroupé autour de la table, Jeanne d’Arc commença. Ils reçurent leurs directives, puis, sortirent chacun leur tour. Lorianna retourna auprès de Tornade, et lui murmura des mots pour tranquillisé sa nervosité. Elle affuta son épée, puis mit une tunique en cuir, qu’elle préférait de loin à son armure, qui était beaucoup plus lourde. Puis, une fois qu’elle fut prête, elle rejoignit ses hommes. La nuit était bien avancée, quand ils arrivèrent prêt de l’une des entrées de la ville. Ils étaient cachés derrière un grand buisson, les chevaux ayant été laissé un peu plus loin dans les bois. Lorianna regarda l’entrée, et y vit deux gardiens, puis sur les remparts où il y en avait quatre. Se serait un jeu d’enfant de se débarrasser d’eux. Lorianna fit signe à deux de ses acolytes de s’occuper de ces deux premiers lascars, et attendit avec le reste de ses hommes. Un bruit sourd se fit entendre, et ils comprirent que c’était bon. Ils pénétrèrent dans l’enceinte de la ville, et Lorianna monta sur les remparts, accompagnés de trois de ses hommes. Silencieusement, elle s’approcha de l’un des anglais, un poignard à la main, et d’un geste vif lui trancha la gorge par derrière. Elle regarda en direction de ses hommes, qui en avaient de même. Puis ils redescendirent, rejoindre les autres, et continuèrent leur chemin en silence. Ils se dispersèrent  dans les rues sombres de la ville. La lune était d’une clarté lumineuse, qui leur permettait de bien voir dans le noir. Il régnait un silence inquiétant, et l’on pouvait voir les ombres flotter contre les murs des maisons. Ils arrivèrent à l’entrée de la grande place, mais restèrent cachés. Celle – ci était remplie d’anglais, tous installés autour de plusieurs feux de camp. Lorianna aperçu alors à chaque coin de rue, plusieurs de ses compagnons. Elle regarda ses hommes, et leur fit signe de se tenir prêt pour le combat. Ils acquiescèrent tous et sortirent leur épée de leur fourreau. Lorianna en fit de même, prête à bondir, et attendit le signal. Les quelques secondes qui suivirent furent un supplice pour la jeune femme. Tout à coup, elle vit Jeanne d’Arc sortir de l’ombre et pousser son cri de guerre. C’est alors que tous les français se ruèrent sur les ennemis. Ceux-ci, surpris par l’embuscade, se levèrent aussitôt pour combattre. Les coups fusèrent de toutes parts, et l’on pouvait entendre les râles des hommes qui tombaient à terre. Lorianna se battait avec hargne, et chaque coup d’épée qu’elle donnait, elle pensait à son père. Elle aurait tant voulu qu’il soit  en dessous lorsque son épée s’abaissait sur l’ennemi. Un anglais se jeta sur elle, mais elle accueillit le coup avec son épée. Celles – ci s’entrechoquèrent, dans un bruit de métal. L’anglais s’énervait, mais Lorianna, elle, souriait de contentement, car la haine qui l’habitait en ce moment, la rendait plus forte. Le jeu la lassa vite, et elle planta son épée dans le corps de l’homme. Le sang jaillit du corps de l’anglais, et il s’effondra sur sol. Lorianna posa son pied sur le torse et y essuya la lame de son épée. Puis, elle se rua vers d’autres ennemis en poussant son cri de guerre, coupant bras et jambes au fur et à mesure qu’elle avançait. Un nouvel adversaire se présenta à elle, prêt à combattre. Il lui cracha au visage, et lui lança :

                -Viens te battre, on va voir qui le plus fort !

Lorianna passa sa main sur sa joue pour essuyer la salive de l’homme. Elle le fixa de ses yeux noirs et  de mépris, et lui dit d’un calme glacial :

                -Ce que tu viens de faire ne t’amènera qu’à la mort. Tu vas regretter de t’être mis sur mon chemin, bâtard !

Avec un hurlement de rage, elle brandit son épée et lança le combat. L’homme était rusé, et parvenait à freiner ses coups. Mais la jeune femme était plus petite, et plus rapide. Elle ne cessait de frapper encore et encore, ce qui faiblissait l’homme de plus en plus. Ils s’étaient rapprochés d’un feu, et Lorianna l’aperçut. Malheureusement, pendant sa seconde d’inattention, l’homme lui assena un coup au bras, lui arrachant un cri de douleur. Elle tomba à genoux, se tenant le bras, et regarda son ennemi qui riait de sa victoire. L’homme lui lança, trop heureux d’avoir enfin réussi à la blessée :

                -Alors, on dirait que tu fatigues… On ne t’a jamais appris qu’une faute d’inattention pouvait nuire ?

Pendant ce temps, Lorianna avait observé sa blessure, et s’était relevée. Elle leva alors les yeux vers l’homme, et lui jeta un regard indescriptible. Il eut un frisson qui lui glaça le dos, et pour la première fois de sa vie, ressentit une peur effroyable. Tout à coup, il reçut la lame de Lorianna dans le bras, ce qui lui fit arracher un cri.

                -Tu es en train de te faire tuer par une femme, Lui avoua Lorianna tout sourire.

L’homme la regarda de plus bel, surpris, mais il n’eut pas le temps de réagir, car Lorianna le fit tomber, dans le feu, d’un coup de pied sur la taille. Il hurla de douleur, mais il ne pouvait bouger, car Lorianna le maintenait du pied dans le feu, de sorte que son visage embrassa la braise. De nouveau lassée par ce misérable, la jeune femme mit fin à ses jour en lui plantant l’épée dans le cœur. Elle regarda le corps brûler, et enfin observa autour d’elle. La bataille s’était estompée depuis un bon moment, et ses hommes avaient assisté à la scène. A présent, ils la regardaient avec crainte. Elle rangea son épée dans son fourreau, et leur lança, sévère :

                -Au lieu de rester planter là, vous feriez mieux de retourner au campement. Notre mission est terminée !

Les hommes obéirent, et encore effrayés par ce qu’ils venaient de voir, se bousculèrent pour rejoindre leurs compagnons. Lorianna regarda au loin Jeanne d’Arc, qui elle aussi avait vu la scène, poussait le duc de Bourgogne au centre de la place. Lorianna rejoignit ses compagnons, et retrouva Tornade, qui l’attendait à l’entrée de la forêt. Elle remonta en selle, toujours sous le regard craintif des soldats. Elle sourit de leur réaction. Il y a longtemps qu’elle n’y faisait plus attention. S’ils savaient qu’elle était une femme, comment réagiraient – ils ? Qu’un homme se montre odieux, d’accord, mais une femme ?... Elle laissa ses pensées de cotés, trop affaiblie par sa blessure. Elle avait perdue beaucoup de sang, et se savait condamnée. Elle sentait ses forces la quittée. Elle essaya de se concentrer sur le trajet du retour.

Arrivé au campement, tout le monde fêta la libération d’Orléans. Les tonneaux de vin avaient été éventrés, et les produits de leur chasse, rôtissaient au – dessus du feu. Lorianna à part, était assise au près de son feu, adossée contre son arbre. Elle avait le regard dans le vague, mais un sourire flottait sur ses lèvres. Elle but une gorgée de vin, savourant les derniers instants qu’il lui restait. Elle fixa sa timbale, les pensées toujours ailleurs. Toujours vers Florian. Il avait manqué un sacré combat. S’il avait été là, ils n’auraient fait qu’une bouchée de leurs ennemis. Malheureusement, il ne serait plus là, plus jamais. Il allait lui manquer. Son cœur saignait de la perte de son unique amour. Elle se rappela de ses cheveux noirs corbeaux, qui étaient toujours en désordre. Et ce qui l’avait séduite le premier jour qu’ils s’étaient rencontrés, c’était  son regard gris acier, dur et froid, mais qui l’avait fait vibrer plus d’une fois de passion. Il était beaucoup plus grand qu’elle, et il avait une carrure athlétique, musclé et tanné par le soleil. Mais aimait par-dessus tout son caractère posé, sa joie de vivre et sa bonté. Il allait lui manqué, elle ne l’oubliera jamais. Maintenant, il allait en choyer une autre qu’elle, et serait heureux pendant, qu’elle, pauvre folle, continuerait sa triste vie. Enfin, plus pour longtemps, car elle sentait ses forces la quittée. Une larme coula le long de sa joue, qu’elle s’empressa s’essuyer, de peur que les autres ne la voient. Mais personne ne la vit, car ce qu’elle aperçut à ce moment là, lui glaça le sang. Les hommes, qui chantaient, dansaient il y a quelques minutes, étaient transformés en statues de glace. Ils étaient parfaitement immobiles. Tous sans exception, sauf elle. Elle était la seule à être restée de chair et de sang. Elle se leva avec difficulté, et s’approcha de l’un d’eux. D’une main tremblante, elle toucha le corps, mais la retira aussitôt, effrayée par la froideur du corps.

                -Mais que se passe – t –il, ici ? quel étrange sortilège, Dit – elle mal assuré. Qui à bien pu faire ça ?

                -Moi, répondit une voix sortant de l’ombre, derrière elle.

Lorianna tourna la tête, cherchant dans l’obscurité, mais n’y vit personne. Elle dégaina son épée, prête à se défendre, et lança d’une voix qui cachait mal sa peur.

                -Sortez de votre cachette, que je vous vois ! Je n’aime pas parler dans le vide !

Une ombre sortit subitement des ténèbres, et se rapprocha de la jeune femme, entourée d’une lumière éblouissante. Lorianna se protégea les yeux du dos de sa main, tant la lumière était forte. Cela ressemblait à une auréole argenté. Tout à coup, Lorianna put voir son visage. Elle était belle, jeune, et ses cheveux, qui lui descendaient jusque sous les genoux, étaient comme transparents. Cette femme se déplaçait avec une telle légèreté, que l’on aurait cru qu’elle flottait au-dessus du sol.

Lorianna était désorientée, car jamais elle n’avait vu pareil spectacle. La femme était à présent face à elle, un sourire sarcastique sur les lèvres.

                -Je vois que ton père t’a bien élevée, Lorianna. Prête à embroché le premier venu ! Tu peux ranger ton arme, tu n’en auras pas besoin. Je ne te veux aucun mal, pour le moment.

Lorianna lui obéit à contre cœur. Trop faible, elle s’affaissa sur  les genoux. Mais elle voulait savoir pourquoi cette femme était là. Alors elle demanda faiblement :

                -Qui êtes – vous et comment connaissez – vous mon nom ?

                -Je suis une sorcière. Je m’appelle Kally, et si je connais ton nom, c’est  parce que je te surveille depuis ta plus tendre enfance. Je suis, si on peut dire, ta bonne étoile.

Lorianna éclata de rire, et lui lança, méprisante :

                -Ma bonne étoile ? Si vraiment vous étiez ma bonne étoile, vous n’auriez jamais accepté ce que je suis devenue !

Kally sourit en guise de réponse, puis lui dit :

                -Assieds –toi, tu es trop épuisée pour rester sur les genoux.

Lorianna se releva difficilement, et se dirigea vers sa place favorite. Puis, elle se laissa tomber contre le tronc de l’arbre. Kally attendit que Lorianna soit installée, puis continua :

                -Ce que j’ai à  te raconter, ne va pas te plaire.

                -Après ce que je viens de voir, dit la jeune femme sarcastique, je crois que je peux vous écouter .Même si votre place est sur un bûcher !

Ignorant totalement la  réflexion qui lui était destinée, Kally s’installa près du feu, et lui annonça la cause de sa venue :

                -Si je suis là, c’est pour te donner une dernière chance de changer d’avis. Je ne te précise pas quoi, tu le sais très bien.

                -Ecoutez, Kally. Je ne veux pas revenir sur une discussion qui n’aboutirait à rien. Cela me fait assez  souffrir de devoir vivre sans lui.

                -Tu as eu le choix pourtant. Florian t’as demandé en mariage, pourquoi ne pas avoir accepté ? Imagines – tu que tu avais là une chance de fuir cette vie ? lança la sorcière, sentant la colère la gagnée. Tu n’as vraiment rien compris !

                -C’est vous qui n’avez rien compris, répliqua Lorianna, lasse, désespérée et mourante. Je ne peux me résoudre à changer de vie. Mon père… Il en a voulu ainsi, alors je resterais ce que je suis.  Florian m’avait fait une promesse, et il ne l’a pas tenue. Alors laissez-moi mourir en paix. Je ne veux plus vivre à présent, je veux dormir à jamais.

Kally regarda la jeune femme, et se dit que cela ne valait plus la peine d’essayer de la convaincre. Mieux valait passer à l’acte. Elle lui dit alors :

                -Je vois que tu es aussi têtu que ton père, il t’a vraiment bien dressé. Ton entêtement sera la cause de la punition que je vais t’infliger. Tu ne mourras pas, tu vivras éternellement. Tu es devenue cruelle. Ta haine envers ton père t’empêche de voir les choses plus loin que le bout de ton nez. Tu refuses tout amour, tout mariage… Tu refuses même de devenir femme. Ta passion pour le combat t’a rendu aveugle. Cela te rend malheureuse, mais tu refuses de voir la vérité en face. Alors tu vivras à tout jamais, jusqu’au jour où tu te décideras à vouloir changer de vie. Bien sûr, tu resteras prisonnière dans ton manoir, seule, avec pour seule compagnie, juste une servante et un homme à tout faire. Se sera leur descendance qui continuera à te servir. Ton histoire se peindra sur les murs de ta chambre. Quand  tu chercheras à te tuer volontairement, tu reviendras avec d’atroces douleurs. Tu pourras voir le monde extérieur sur un miroir. Tu ne pourras pas te tromper, ce sera le plus grand du manoir. Tu auras une vie si longue et si solitaire. Toutes tes nuits seront peuplées de rêves horribles, qui te réveilleront. Les murs parleront, chuchoteront tout ce que tu n’as pas envie d’entendre. Ils te pénètreront jusque dans le tréfonds de ton âme. Tu auras le droit de sortir, mais au – delà des limites de tes terres. Si tu oses, tu mourras. Tu posséderas des pouvoirs, qui pourront t’être utiles. Tu va devenir une malédiction, Lorianna. Voilà ce que tu mérite. Et je te fais un dernier cadeau : un portrait de Florian et de toi – même. Tu pourras l’observer à loisir, et il t’aidera à réfléchir. Je pense que tout au long de ces années, tu en auras tout le temps. Bien entendu, il n’y a qu’un seul moyen d’annuler le sortilège, et tu le connais.

Kally se leva, et regarda Lorianna qui, recroquevillée sur elle – même, pleurait à chaudes larmes. Elle eut pitié pour la jeune femme, mais elle n’avait pas le choix. Il fallait qu’elle comprenne que la vie ne pouvait être vécue pour le caprice d’un père. Lorianna la regarda. Son regard était en train de s’éteindre, elle sentait la vie la quitter. Puis, elle sombra.