La Rolls Royce se gara au bas des marches du musée de l’art. Mélina leva les yeux sur les nombreuses marches, qui faisaient toutes la largeur de la vaste bâtisse. Elles étaient en marbre d’un blanc immaculé. Le musée était sculpté de nombreux personnages représentant des anges et des démons, et la pierre était devenue grise à cause de la pollution. Des visiteurs entraient et sortaient du monument, et Mel les observa quelques instants. Puis, elle regarda Victor sortir de la Rolls et venir lui ouvrir la porte. Quand celle-ci s’ouvrit, il lui offrit son plus beau
sourire et lui tendit la main pour l’aider à sortir.

                -Si Madame la Comtesse veut bien se donner la peine… Murmura-t-il, amusé.

               -Merci, Victor ! Lui répondit-elle en souriant à son tour.

                -N’oubliez pas votre sac, Madame. Vous en aurez besoin.

Mel lâcha sa main, une fois qu’elle fut sortie de la voiture, et lissa un pli sur
sa jupe beige. Elle avait revêtue son tailleur favori, et un top gris perlé.
Ses talons la faisaient souffrir, mais elle n’en laissait rien paraître. Ce
qu’elle pouvait les détestés !

                -Vous êtes très belle, Madame. Vous saurez amadouer le conservateur.

                -Victor, ça suffit… Le morigéna-t-elle gentiment. Une chance que personne ne vous entend parler.
Passons aux choses sérieuses, voulez-vous ?

                -Oui, Madame. Je vous attends dans la voiture, et suivrait vos faits et gestes.

                -Très bien. Mes boucles d’oreilles sont-elles bien mises ?

Victor se pencha sur les boucles pour vérifier le bon fonctionnement, et acquiesça.
Satisfaite, Mel monta tranquillement les marches qui menaient à l’entrée du
musée. Tout en gravissant l’escalier, elle admira les figurines qui ornaient
les murs de la bâtisse. Des personnes la doublaient, pressés par le temps,
tandis que d’autres sortaient avec des souvenirs et manquèrent de la bousculer.

                -Tu m’entends, Mel ? Lui demanda la voix de Victor par le biais des boucles d’oreilles. Si oui,
passes-toi la main dans les cheveux.

Mélina leva alors la main, et la glissa dans son épaisse chevelure. Elle sourit et
murmura :

                -Vic, évites de raconter des âneries quand je serais à l’intérieur.

                -Et pourquoi ?

Elle ne lui répondit pas. Même si elle bougeait à peine les lèvres pour lui parler,
elle ne voulait pas passer pour une folle. Elle se tourna donc vers la Rolls,
qui était toujours au bas des escaliers, et regarda Victor. Celui-ci la fixait
de ses yeux bleus et lui souriait comme s’il préparait déjà son mauvais coup.
Alors, elle leva la main et de son index, traça une ligne imaginaire en travers
de son cou. Elle le vit rire de sa menace et fit demi-tour. Deux grandes portes
en chêne, étaient grandes ouvertes et Mel put voir le vaste hall d’entrée du
musée. Celui-ci grouillait de monde, et un brouhaha régnait à l’intérieur. Au
centre, trônait un comptoir en rond, pour l’accueil des visiteurs. Deux
hôtesses étaient assises derrière, et renseignaient les touristes. Mélina se
dirigea vers l’une d’elles et posa son sac sur le comptoir. L’hôtesse leva la
tête à son arrivée, et lui sourit.

                -Bonjour, Madame la Comtesse. Le professeur Einstein vous attend.

                -Bonjour, Lui répondit Mélina. Je ne suis pas trop en retard, j’espère. Nous avons eu du retard à l’aéroport.

La jeune femme se leva, et fit le tour du comptoir pour rejoindre Mélina. Elle
l’invita de la main à la suivre, et lui dit :

                -Ne vous inquiétez pas, Madame la Comtesse. Le professeur comprend très bien le fait que vous ayez un emploi du temps chargé. Venez, je vous emmène à son bureau.

La jeune femme l’emmena vers le fond de la salle. Elles arrivèrent devant une
lourde porte, et Mélina vit une plaque en bronze où était inscrit
« privé » dessus. L’hôtesse frappa deux coups et ouvrit. Elle
s’effaça pour laisser entrer Mélina et annonça :

                -La comtesse de Mauboussin est là, monsieur.

Un homme de forte corpulence leva la tête pour fixer les deux femmes. Il se leva
de derrière son bureau, et vînt les rejoindre. Levant les mains vers Mélina, il
lui lança, heureux :

                -Madame la Comtesse ! C’est un plaisir de vous recevoir dans notre humble musée.

                -Merci, monsieur, Lui répondit-elle sur le même ton, en lui tendant la main.

Il la prit et la baisa. Il se redressa et l’invita à s’assoir dans l’un dans
fauteuils qui trônaient devant le bureau. Mel s’assit confortablement, et
regarda autour d’elle. La pièce était de taille modeste, mais possédait un
plafond interminable. Les murs étaient tapissés de moquette rouge sombre, et
sur tout un pan de mur se trouvait des bibliothèques remplies de livres. Le
bureau était imposant, et dans le style Louis XVIII. Il était d’une teinte
sombre, et allait très bien avec le reste du décor. Elle fixa les moindres
recoins, faisant mine d’admirer les lieux.

                -Bien ! S’exclama le professeur en s’asseyant derrière son bureau. Votre secrétaire m’a annoncé
votre vœu de voir « La Belladone ».

                -Oui, Répondit-elle sérieusement. J’ai appris qu’elle venait d’arriver en exposition dans votre
musée. On m’a vanté sa beauté, alors j’ai voulu absolument venir. Il y a
tellement longtemps que je l’ai vue.

                -En effet, elle est arrivée de ce matin. D’ailleurs son propriétaire est encore sur les lieux. Il tient à être
là pendant son installation. Le pauvre, il a déjà perdu sept œuvres depuis deux
ans. Et toutes de la collection d’Antonio Vidali.

                -Le pauvre, Dit Mel compatissante. Ce doit être difficile de perdre autant d’œuvres en si peu de
temps.

                -Enfin ! Malheureusement, c’est la vie. Mais bon, nous ne sommes pas là pour bavarder de choses aussi
tristes, n’est-ce pas ?

                -Oui, Renchérit Mélina en lui souriant. Je suis venue aussi faire un don pour le musée. J’ai appris que vous
faisiez des fouilles.

                -C’est exact, nous avons retrouvé une fosse commune datant de la première guerre mondiale. Une équipe
d’archéologues est sur place pour étudier chaque corps.

Mel sortit son chéquier de son sac, et un stylo. Elle l’ouvrit et commença à le remplir. Elle remarqua le regard de convoitise que faisait le conservateur, et sourit. Elle signa, et détacha le chèque pour lui donner.

                -Tenez, Lui dit-elle. Je pense que cela devrait subvenir à vos besoins.

Le professeur le prit, et ses yeux s’agrandir de surprise. Mais cet éclat brillait
toujours dans son regard. Un regard qui n’échappait jamais à Mélina.

                -Cinquante mille euros… Oh, merci Madame la Comtesse ! S’exclama-t-il joyeux. Nous en ferons un bon
usage.

                -Mais, vous aurez tout intérêt, Lui conseilla-t-elle sèchement en se levant de son fauteuil. Car je vérifierais
l’avancement des travaux. Et si j’apprends que vous avez gardé un seul euro
pour vous, vous le regretterez.

Debout, devant lui, elle le regarda déglutir sa salive avec peine. Il la regardait de
ses yeux ronds, et semblait avoir peur. A tous les coups, il s’était déjà
servit dans les caisses, pensait-elle avec dégoût.

                -Si nous allions voir cette Belladone ?

                -Heu… Oui Bien… Bien sûr ! Bégaya-t-il en se levant.

Il rangea le chèque dans un tiroir, qu’il prit soin de fermer à clef, et ils
sortirent de la pièce.

Mel accrocha la bandoulière de son sac sur son épaule, et poussa le fermoir, ce qui
enclencha la mise en marche de la mini caméra. Elle se décala sur le côté, de
sorte qu’elle puisse filmer l’aller, et non le professeur. Puis, elle l’écouta
se venter sur les mérites du musée, et de son « aide » envers les recherches.
Ils longèrent plusieurs couloirs, et Mel repéra les bouches d’aérations, qui
sortaient des murs. De grandes grilles maintenaient l’ouverture fermée, et
permettait à l’air de passer. Elle s’arrangea pour filmer ces parties des murs,
pour que Victor puisse les voir.

                -As-tu vu la taille des grilles ? Lui demanda Victor, par le biais de l’écouteur. Tu y passes à
l’aise…

                -Parlez-moi de votre découverte, Dit Mélina au professeur aimablement.

                -Nous avons trouvé cette fosse il y a environ un mois. Nous avons comptabilisé deux milles corps en tout, et notre équipe à déjà identifié une trentaine.

Le professeur ouvrit deux grandes portes, et ils arrivèrent dans une petite pièce,
qui pouvait contenir à peine trente personnes. Quelques tableaux décoraient les
murs, mais ce que l’on voyait le plus, c’était la Belladone. Encadrée
d’une vitrine blindée, elle posait au fond de la petite salle, et un spot l’illuminait
doucement, faisant ressortir la blancheur de la pierre.

                -La voici ! S’exclama le conservateur avec fierté. La Belladone. Venez, Madame la Comtesse.

Mélina le suivit et ne lâcha pas des yeux la petite statue des yeux, jusqu’à être
devant. Quand elle fut face à cette femme sculptée, elle admira chacun de ses
traits minutieusement gravé dans la pierre. Son ne la quittait pas, savourant
le plaisir de la regarder.

                -Alors, est-elle toujours aussi belle que dans vos rêves ? Lui demanda-t-il en la fixant.

Mel tourna la tête pour le regarder, et lui sourit doucement. Elle prit un mouchoir
dans son sac, et fit mine d’essuyer une larme. Elle murmura, d’une voix remplie
d’émotion :

                -Monsieur, je ne vous remercierais jamais assez, pour m’avoir laissé venir la voir. Il y a si
longtemps que je l’ai vue.

                -Cela doit vous rappeler de beaux souvenirs…

                -Malheureusement, je n’en garde que très peu sur La Belladone. J’étais très jeune à l’époque, et la
seule chose dont je me souvienne, c’est l’endroit où elle était exposée au manoir.
Et puis, un jour toute la collection à été donnée à une personne. Mais j’ignore
totalement qui il est, excepté son nom, que j’ai entendu aux informations à la
télévision.

Le professeur lui prit la main et la tapota gentiment, une expression
compatissante sur le visage.

                -Je suis navrée qu’elle ne vous soit pas restée, Lui confia-t-il. Mais vous aurez l’occasion de rencontrer
Monsieur Van Tassel. Il est sûrement parti prendre l’air et ne devrait pas
tarder à revenir.

Mélina rangea son mouchoir dans son sac, et lui fit son plus beau sourire. Elle tourna
de nouveau la tête vers la statue, et observa l’encadrement en verre. Elle
remarqua des vis qui maintenaient le couvercle, et demanda au professeur :

                -Dites-moi, monsieur. L’œil du chat ne va la voler…

                -Il y a de grandes chances, Lui dit-il avec gravité.

                -Vous avez de quoi l’arrêter ? Demanda-t-elle innocemment.

                -Oui, bien sûr ! Tenez, regardez, Répondit-il en montrant du doigt les vis. Déjà vous avez ici la
vitrine qui est fixée sur le socle.

Mel se pencha et hocha la tête. Puis, elle reposa son attention sur le gros homme
et il continua :

                -Nous avons aussi le système de surveillance sous caméra.

                -Cela on le trouve partout, mais ça n’empêche pas que les voles aient lieux.

                -Je comprends votre réticence, Madame la Comtesse. Mais, je vous explique : autour de la vitrine, il y a
un infrarouge. Le voleur qui tente de la soulevée devra être très fort, car
s’il a le malheur de toucher un des rayons, l’alarme se met en route, et les
portes de la salle se verrouillent automatiquement.

                -Très judicieux, comme moyen de sécurité, Avoua-t-elle en prenant l’air étonné.

                -Il y a autre chose, aussi, Ajouta-t-il en souriant. Vous souvenez-vous avoir vu le film Indiana
Jones 
?

                 -Oui, je l’ai vu plus d’une fois, mais quel est le rapport ?

                -Et bien, sous la statue, il y a une balance programmée pour le poids de la statue. Dès qu’on la soulève, cela déclenche tout le système d’autodéfense.

Mélina lui sourit et lui lança :

               -Vous avez vraiment pensé à tout !

                -En tant que conservateur du musée, je n’ai pas le choix. A présent, je me permets de vous laisser, je dois
retourner à mes occupations. Je reverrais-je ce soir pour la soirée de
charité ?

                -Malheureusement, non, Lui répondit-elle navrée. J’ai une journée très chargée demain. Mais je reviendrais en fin de semaine, pour revenir voir La Belladone.

                -Vous ne pourrez la voir, elle repart dès demain pour l’Allemagne.

                -Oh ! S’exclama-t-elle déçue. Dommage, je la verrais une autre fois, alors.

                -Je dois aller vaquer à mes occupations, Madame la Comtesse. Vous savez où me trouver, si besoin.

                -Merci, monsieur. Mais je rentrerais directement. 

                -Très bien. Au revoir, donc.

                -Au revoir.

Mélina le regarda sortir, et posa de nouveaux ses yeux sur la statue. Elle connait son
histoire du bout des doigts. Antonio Vidali l’avait sculpté en l’an 1430. La
Belladone
 était en fait, sa première épouse. Selon la légende, elle était
d’une beauté exceptionnelle et l’artiste avait voulu absolument faire son
portrait. Le seul mystère qui demeurait à cette histoire, était le nom de son
épouse. Tout le monde ignorait comment cette femme s’appelait.

                -Tu dors ? Lui demanda Victor.

La voix de son ami dans l’oreillette la fit sursautée, et elle soupira. Elle
s’assura qu’elle était seule, et murmura doucement :

                -Non, imbécile !

                -Eh ! Pourquoi me traites-tu d’imbécile ?

                -Parce que tu m’as fait peur, tiens !

                -Désolé. Bon, j’ai enregistré toute la conversation et la vidéo est sur le pc.

                -Ok, je te laisse, j’entends un bruit de pas.

                -Ok.

Elle fit mine d’admirer la statue, quand une voix grave avec un accent allemand
résonna sous la hauteur du plafond.

                -Lorna ?

Mélina se retourna, et découvrit son ennemi juré. Il était temps de rentrer dans le
jeu. Elle plongea son regard dans le sien, et prit un air surpris.

                -Pardon ? Lui demanda-t-elle.

L’homme s’approcha et arriva à sa hauteur. Mélina l’observa et remarqua d’emblée qu’il
était plus grand qu’elle. Il dégageait de lui une beauté nordique, virile et
forte. Il avait les cheveux châtains coupés court, et les yeux noisette. Si
elle comptait bien, il devait avoir quarante ans.

Il l’admira quelques instants avant de lui répondre :

                -Excusez-moi, je vous ai prise pour quelqu’un d’autre, à qui vous ressemblez fortement.

                -Eh bien, j’ai la même impression que vous.

                -A qui ai-je l’honneur ? Lui demanda-t-il poliment.

                -Je suis Mélina de Mauboussin.

                -Mélina ? Répéta-t-il surpris en lui prenant la main pour la baiser délicatement. Mon dieu, comme
vous avez changée ! Je suis Richard Van Tassel, vous ne vous souvenez pas
de moi ?

                -Vaguement, sans vouloir vous offenser. Je me souviens de vous, mais c’est flou. Les années ont passées,
depuis.

                -J’étais le confident de vos parents, et ils m’ont légué la collection Vidali.

                -Je suis heureuse qu’ils vous l’aient donnée. J’ai déjà bien trop de choses dans mon manoir ! lança-t-elle en récupérant sa main, qu’il n’avait pas lâché. 

                -Vous comptez passer quelques jours à Strasbourg ? 

                -Non, j’ai beaucoup de travailen ce moment. Nous nous apprêtons à sortir une nouvelle création de bijoux.
                -Je comprends, Lui dit-iltranquillement. Alors, peut-être que accepteriez de venir boire un café ?

Mélinale fixa un moment, remarquant l’éclat de désir qui brillait dans ses yeux. Il
la dévorait du regard, et ne cachait pas son admiration. Mais, elle ne fit
aucun commentaire désagréable, malgré son envie de l’envoyé promené. Elle lui
sourit et lui dit :

                -C’est très gentil de votrepart, mais je suis assez pressée, mon chauffeur m’attends. 

                -Alors, laissez-moi vousraccompagner, Lui dit-il en lui prenant le bras.

Zut !Elle ne pensait pas qu’il allait la suivre ! Mais, d’une certaine manière,
cela arrangeait ses plans. Ils sortirent de la pièce, et retournèrent vers le
hall d’entrée. Tout en marchant, il la fixait de son regard, et elle n’osait le
regarder dans les yeux. Le son de sa voix la fit frissonner de surprise.

                -Vous reverrais-je ? 

                -Je l’espère !S’exclama-t-elle en lui souriant. Vous devriez venir à Biarritz. Une soirée de
charité aura lieu très prochainement.

                -Oui, je suis au courant. Jedois y exposer l’une des œuvres de ma collection. 

                -Dans ce cas, nous nous verronslà-bas. 

Ilsarrivèrent devant la lourde porte du musée. Mélina se tourna vers Richard, et
lui tendit sa main. Il la prit délicatement entre ses doigts, et la baisa sans
la quitter des yeux. Mélina lui sourit timidement, et lui dit :

                -Au plaisir de vous revoir,Richard.

                -Sachez que j’ai hâte de vous etrouver, Madame la Comtesse. 

                -Appelez-moi Mélina. 

                -Mélina…

Ellelibéra sa main, et sous le regard admiratif de Richard Van Tassel, descendit
les nombreuses marches du musée. Arrivée au milieu, elle s’arrêta et tourna la
tête. L’allemand avait disparu. Elle soupira de soulagement, et reprit son
chemin. La fin de journée approchait, et la plupart des visiteurs étaient
partis. Elle croisa un homme, qui sans doute, allait aussi découvrir les lieux,
et arriva au bas des marches. 

Aussitôt,Victor sortit en ajusta sa casquette noire. Il ouvrit la portière arrière, et
lui dit en la saluant :

                -Madame la Comtesse a bien visité les lieux ?

                -Oui Victor, Lui répondit-elle en lui souriant. J’ai passé un agréable moment, et fait une rencontre
exceptionnelle.

Victorreferma la portière, et monta à l’avant. La Rolls Royce démarra et partit
tranquillement.

Duhaut des marches, il regarda la voiture quitter sa place et rentra à
l’intérieur du musée. Il se demandait qui pouvait bien être cette femme. Elle
l’intriguait. Il avait sentit son parfum fleuri quand ils s’étaient croisées
dans l’escalier. Cela l’avait troublé, et il aurait voulu voir la couleur de
ses yeux. Mais elle était plongée dans ses pensées, et fixait les marches
qu’elle descendait. Il avait seulement pu admirer sa longue chevelure châtain,
qui flottait sur ses épaules, et le balancement gracieux de ses hanches. 

Restait à savoir ce qu’une femme aussi distinguée qu’elle venait faire ici. 

Al’intérieur du musée, il se dirigea vers la salle où était exposée La
Belladone
. Il ne restait plus que quelques visiteurs, et l’heure de
fermeture approchait. Il retrouva Van Tassel, qui était debout devant la
statue, en grande conversation avec le conservateur du musée. Il s’approcha et
arriva à la hauteur des deux hommes. 

                -Bonjour ! Lança-t-il aimablement. J’ai rendez-vous avec Richard Van Tassel.

                -C’est moi, Répondit Richard. Vous êtes Matt Sinclair, je suppose ?

                -Oui, c’est bien moi. 

Richard regarda sa montre, et haussa les sourcils avant de dire, satisfait :

                -Vous êtes en avance. Venez, nous allons nous mettre dans un coin tranquille, pour bavarder. 

Richardse dirigea vers le bureau du conservateur, suivit du nouveau venu.

                -Avez-vous fait bon voyage depuis New York ? Demanda Richard, quand ils furent installés. 

                -Oui, Lui répondit Matt en s’asseyant dans le fauteuil que lui présentait l’allemand.

                -Dans ce cas, nous pouvons parler affaire.

Richard s’assit derrière le bureau, et s’appuya contre le dossier en croisant les bras.

                -Dites-moi tout, Van Tassel.

                -Bien. Je vous ai fait venir, car vous êtes l’un des meilleurs détectives privés de New York. Et le fait que
vous ayez élucidé beaucoup d’affaires criminelles, m’ont aidé dans mon choix
et…                                                                         
-Venons-en aux faits, Le coupa Matt en soupirant. Le voyage a été long, et j’aimerais aller me reposer avant de commencer mon enquête.

Richard le regarda, surpris par son ton sec. Il n’était pas habitué à ce qu’on lui
parle de cette façon, mais ne fit aucune remarque. Il prit donc son
inspiration, et commença en lui jetant un dossier sur le bureau :

                -Comme vous devez le savoir par les informations, L’œil du chat m’a déjà volé huit de mes œuvres. Je ne sais pour qu’elle raison, ce voleur s’en prend à ma collection d’Antonio Vidali, et
apparemment à décider de toutes les posséder.

Matt attentif, ouvrit le dossier. Celui-ci comportait une photo de chaque œuvre de
la célèbre collection et une copie d’un don d’héritage. Il leva les yeux sur
l’allemand, et lui dit :

                -Vous n’avez que des photos à me présenter ?

                -Malheureusement, oui. Je n’ai que cela. 

                - Avez-vous des ennemis, Van Tassel ?

                -Bien sûr, j’en ai des tas ! S’exclama-t-il en riant. Quel homme riche n’en a pas ?

                -Auriez-vous une idée sur l’identité du voleur ?

                -Non, aucune. C’est pour cela que je vous ai fait venir.

                -Cette collection vous a été léguée, a ce que je peux lire. Elle aurait appartenue à la famille Mauboussin
avant de vous la léguer.

                -Oui, Répondit Richard avec un air triste sur le visage. C’était mes amis les plus chers, et ils sont morts
assassinés.

                -De quand date leur mort ?

                -Il y a dix-huit ans. Leurs corps ont été retrouvés sur les rochers, au bas de leur manoir.

                -Ont-ils des héritiers ?

                -Oui, deux enfants. Nicolas, et ma délicieuse Mélina.

Le silence s’installa entre eux, et Matt étudia encore quelques instants le dossier. Puis il le referma d’un geste sec, et se leva en
soupirant. Richard l’imita aussitôt, et lui dit :

                -Alors, l’affaire vous intéresse ?

                -Je vais travailler sur le dossier. Je vous demanderais de verser un acompte à ma secrétaire. Je ne
commencerais que lorsqu’il aura été versé.

                -Très bien, je vous fais un virement dès que possible.

                -Dans ce cas, je vous laisse. Je vais me reposer avant d’attaquer.

                -Serez-vous présent ce soir ?

                -Je préfère rester discret.

                -Entendu.

Ils se firent une poignée de main, et Matt sortit du bureau.


 

Mélina observait le paysage qui défilait sous ses yeux. Elle réfléchissait. Le délai
d’expositions de La Belladone avait changé, ce qui n’arrangeait rien
dans ses plans. La voix de Victor la tira de ses pensées :

                -Madame la Comtesse réfléchit ?

                -Oui, j’étais en train de me dire, que nous allons devoir agir ce soir.

                -Hein ? S’écria Victor en sursautant. Tu n’y penses pas, c’est trop risquer. De plus, nous n’avons rien
pour travailler correctement.

                -Je ne veux pas le savoir ! Rétorqua-t-elle sèchement. C’est ce soir où jamais. Je ne veux pas qu’elle nous
passe sous le nez.

                -On a besoin des plans du musée et de Nicolas, Renchérit Victor en la fixant dans le rétroviseur.

Mélina, avec un soupir bruyant, sortit son i phone de son sac et composa le numéro de
son frère. Quelques secondes plus tard, il répondait :

                -Que me vaut l’honneur de ton appel, sœurette ? 

                -Ramène tes fesses, Nico. Prends un jet et viens au plus vite. N’oublis pas les plans, et amène aussi une
échelle en corde, une mini deviseuse, et mes arbalètes avec les flèches. 

                -Très bien, j’arrive au plus vite.

Mélina raccrocha, et fixa les yeux bleus de Victor. Il fronçait les sourcils, et elle
lui sourit.

                -C’est fait, nous allons avoir ce qu’il faut pour travailler correctement. Satisfait ?

                -C’est risqué.

                -Je sais, mais comme tu dis, je suis cinglée.  

                -Il va falloir établir un plan d’urgence.

                -J’y ai déjà réfléchit, figures-toi ! Mais nous en reparlerons dans le jet, quand Nico sera arrivé.

Victor hocha la tête d’un air entendu, et reposa son attention sur la route. Quelques
minutes plus tars, ils arrivèrent à l’aéroport. La Rolls Royce s’arrêta en bas
du jet, et Victor en sortit. Rajustant sa casquette, il se dirigea vers la
portière arrière et l’ouvrit.

                -Madame la Comtesse est arrivée.

Mélina prit sa main tendue, et sortit en souriant. Tout en lui jetant un regard satisfait, et amusé et lui répondit :

                -Merci Victor. Nous allons donner l’ordre à notre équipage de repartir dès que Nicolas sera arrivé.

                -Très bien, Madame.

Elle monta l’escalator et pénétra à l’intérieur du petit avion. L’hôtesse
l’accueillit chaleureusement, et vînt lui servir un plateau repas. Mélina
s’installa confortablement dans son fauteuil, et regarda par le hublot.

                -Madame la Comtesse a fait une agréable visite ? S’enquit la jeune femme qui lui déposait un plateau sur
la tablette.

                -Très bien, merci Alix. Mon frère va bientôt nous rejoindre. Je compte rester un peu plus longtemps pour
visiter Strasbourg. Vous rentrerez aussitôt après son arrivée.

                -Mais comment Madame va rentrer ?

                -Ne t’inquiète pas, Nicolas viens en jet. Je ne veux pas que vous perdiez une journée de congé à cause de
moi.

                -Très bien, Madame la Comtesse. Je préviens le commandant ?

                -Oui.

Sur ces mots, l’hôtesse la laissa manger tranquillement et disparut dans le
cockpit. Mélina soupira, et apprécia ce petit moment de solitude. Ce soir, elle
allait dérober la célèbre statue sous les yeux de son ennemi juré. Elle en
jubilait d’avance, et était même pressée d’y arriver. Ce qui l’enchantait
moins, c’était son plan de séduction avec l’allemand. Maintenant qu’elle avait
réussi à le revoir, elle ne devait pas rater son plan. Elle devait le séduire,
pour mieux le ridiculisé. Elle voulait qu’il meure, comme il avait tué ses parents.
Vu que la justice n’avait jamais pu prouver qu’il était coupable, elle lui
ferait payer elle-même sa faute.

Elle sourit doucement, en repensant à leur rencontre. Il l’avait confondu avec sa
mère. Quel salaud ! Il l’avait appelée Lorna, alors qu’il savait très bien
qu’il l’avait tuée. D’ailleurs, cela tombait bien qu’elle fut le portrait
craché de sa mère. Car sa vengeance n’en sera que plus délectable. Il était
tombé dans ses filets, et elle comptait bien s’en amuser.

 


 

3



               -Bon, à présent que nous sommes seuls, nous allons pouvoir discuter tranquillement, Dit Mélina en s’installant dans un des fauteuils du jet.

Nicolas et Victor la regardaient, assis en face d’elle. Ils soupirèrent en même temps,
ce qui la fit sourire. Puis, Nicolas déposa tous les plans qu’il possédait sur
la table et les déplia.

                -Bon, voici mon idée, Annonça Mel en regardant le plan d’aération. Vic mets-moi la vidéo en route s’il te
plait.

Victor se leva et brancha son ordinateur portable sur un écran plat avant de l’allumer. Ils regardèrent alors ce qu’elle avait filmé dans l’après-midi, et Mel dit :

                -Comme vous voyez, les bouches d’aérations sont très grandes, ce qui permet le passage d’une personne. J’ai l’intention de passer par là pour voler La Belladone.

                -Ok, Dit Victor en la fixant. Nicolas viendra avec toi pour faciliter ta descente dans la salle. Car il n’y a
que dans cette pièce que la bouche d’aération se trouve au plafond.

                -Je veux bien l’aider, mais qui va piloter l’avion pendant que toi tu vas la guider par le biais de
l’oreillette ? Demanda Nicolas à Victor.

                -Je peux très bien faire les deux, Lui répondit celui-ci   en souriant.

                -Bon !  Victor, tu gères notre retour dans l’avion. Toi, Nicolas, tu viens avec moi. Victor a raison, tu devras me descendre en
bas, étant donné que nous n’avons pas tout le matériel nécessaire. Une fois
devant la vitrine, je dévisse l’encadrement, en évitant bien les infrarouges.
Nico, prévois un sac avec le poids de la statue pour l’échange.

              -Ah, oui ! C’est vrai, Renchérit Victor. La statuette se trouve sur une balance, qui déclenche la
fermeture des portes, si elle est retirée.

                -Sœurette, tu auras tout intérêt d’y aller doucement au moment de la retirée ! Dit Nicolas avec une mine
sérieuse.

                -Le plus important, c’est de sortir indemne de cette mission, Confia Victor en se penchant au-dessus de la
table. Pour en revenir au plan, vous allez arriver par le toit. Je vous
déposerais rapidement avec la voiture de location. Le bâtiment possède une échelle
qui monte jusqu’au toit. De là, Ajouta-t-il en montrant un endroit sur le plan,
vous prendrez cette bouche, qui mène vers la salle. Je vous dirigerais par le
biais des écouteurs, car il y aura des tournants à prendre. Ensuite, une fois
arrivés au-dessus de la statue, Mel descend, prend la statue, et vous remonter
aussitôt sur le toit où je vous prendrais avec le jet.

                -Ok, Répondirent en cœur le frère et la sœur.

                -Il se fait tard, la soirée à commencer, Annonça Mel en se levant. Je vais me changer, préparez-vous de votre côté.

Les deux hommes acquiescèrent et se dirigèrent vers leur chambre respective.
Arrivée dans sa chambre, Mélina se dévêtit et enfila une combinaison noire, qui
la recouvrait des pieds à la tête. Elle avait juste gardé son string et avait
retiré son soutien-gorge pour ne pas être gênée dans ses mouvements. Elle se
dirigea vers sa coiffeuse, et saisi le micro casque, qu’elle accrocha à son
oreille. Regardant son reflet dans le miroir, elle vérifia que l’ensemble était
bien posé et ressortit.

Victor était déjà prêt, car il avait juste regroupé toutes les affaires dont ils
avaient besoin. Il lui sourit à son arrivée, et lui dit, railleur :

                -Tu es ravissante dans cette tenue.

                -Idiot ! Lui lança-t-elle en souriant. Ça te va bien de me dire ça, toi qui est gai.

                -Toujours aussi polie,Remarqua-t-il, amusé. Tu ne changeras donc jamais.

                -Pourquoi faire ? Lui lança-t-elle en haussant les épaules.

                -Une comtesse se doit d’être respectable et polie, Dit-il en prenant un air snob.

Mélina se mit à rire, et lui frappa gentiment l’épaule. Nicolas arriva à son tour,
habillé de la même façon qu’elle et les rejoignit.

                -Bon ! Tout le monde est prêt ? Demanda Mel en fixant les deux hommes.

Ils lui firent signe, et prenant leurs affaires, sortirent du jet. Une petite
voiture italienne les attendait dehors, où la nuit était tombée depuis peu. Ils
montèrent à l’intérieur, et Victor démarra aussitôt.

Ils quittèrent l’aéroport et roulèrent jusqu’au musée, où les lumières brillaient
au travers des fenêtres. Victor bifurqua dans une petite rue, et s’arrêta. Il
se retourna vers ses amis, qui prenaient leurs affaires, et leur dit :

                -Faites attention à vous. La fête bat son plein, et il y a une trentaine de personnes là-dedans.

La jeune femme ajusta son micro, et recouvrit sa tête de sa cagoule.

                -Tout ira bien, Vic. Le rassura Mélina, la voix étouffée par le tissu. Nous ferons attention, promis.

                -Ok, rendez-vous dans une demi-heure, sur le toit.

Nicolas et Mélina firent un signe de tête et quittèrent la voiture. Par chance, la
ruelle était sombre, et il n’y avait personne. Ils approchèrent de l’échelle
métallique du bâtiment, et Nicolas sauta pour l’attraper. Elle glissa vers le
sol dans un grincement, et Nicolas commença à monter, suivit de sa sœur. Le
bâtiment possédait trois étages, et à chacun de ceux-ci, il y avait une
passerelle qui permettait d’atteindre une autre échelle. Un chat miaula
bruyamment de surprise en les apercevant, et le poil hérissé, s’enfuit. Nicolas
bougonna dans sa barbe, ce qui fit sourire Mélina. Elle lui chuchota :

                -Cool, frangin ! Ce n’est qu’un chat.

                -Ouais, ben faudrait qu’il évite de me foutre la trouille.

La jeune femme sourit, amusée, et passa devant lui pour attraper l’échelle
suivante. Il la regarda faire, et lui dit, tandis qu’elle sautait avec prestance vers le haut :

                -Tu veux un coup de main, sœurette ?

Mélina fit descendre l’échelle, qui grinça autant que les autres, et jeta un œil
courroucé à son frère. Sans prendre la peine de lui répondre, et escalada les
échelons les uns après les autres. Ils arrivèrent sur le toit du musée, d’où
sortaient plusieurs cheminées. Certaines d’entres-elles fumaient doucement. Sur
le centre se trouvaient quatre grands blocs en acier, en forme de triangle. De
chaque côté, se trouvait une paroi de la même texture, qui était verrouillée
par un cadenas.

                -Bon ! Dit Mélina, en parlant dans son micro. Nous sommes arrivés sur le toit, Vic. Où se trouve
l’entrée des bouches d’aération ?

                -Vous devez prendre celui qui est du côté gauche, Lui répondit-il. Je suis bientôt arrivé à l’aéroport. Je
décolle dans quinze minutes, alors ne perdez pas de temps.

                -Ok, Vic ! Nous serons là dans une demi-heure maxi, comme prévu.

                -Bonne chance ! Ajouta-t-il avant de couper la discussion.

Mel se tourna vers son frère, et lui dit :

                -Tu as entendu ?

                -Oui, allons-y.

Ils se dirigèrent vers le bloc de gauche, et se penchèrent sur l’ouverture. En
apercevant le gros cadenas, qui maintenait la porte fermée, Mélina retira son
sac à dos et en sortit une petite pince monseigneur. Elle le tendit à Nicolas
et lui dit :

                -Tiens, fais-le. Tu as plus de forces que moi pour ce genre de choses.

Nicolas prit la pince, et coupa le cadenas. Celui-ci céda sous la force, et Nicolas put
le retiré. Il rendit la pince à Mel, qui le rangea dans son sac. Nicolas
souleva la porte, qui glissa silencieusement sur ses gonds, et la fixa à l’aide
d’un crochet. Il activa un bouton sur sa montre, et une petite lumière
puissante jaillit du côté du cadran. Dirigeant la lumière vers l’entrée, ils
découvrirent ensemble le trou vertical qui se présenta à eux. Mélina soupira et
dit :

-Ça commence bien ! Bon, je passe devant.

-Ok, Lui répondit Nicolas en fixant leur seule issue.

Mélina sortit deux paires de ventouses, et en tendit une à son frère. Elle remit son
sac et ils les enfilèrent sur leurs mains, et Mel commença à descendre. Grâce
aux ventouses, elle put longer la paroi en acier sans tomber. La montre de
Nicolas éclairait le conduit, jetant des ombres uniformes de son corps. Seuls
leurs souffles se faisaient entendre dans l’étroit compartiment, troublant ce
silence rempli de tension. Ils descendirent ainsi sur environ quinze mètres, et
arrivèrent en bas du conduit, qui débouchait sur deux autres passages. Mélina
s’accroupit, et se tourna vers Nicolas, qui arriva juste derrière.

                -Tout va bien ? Lui demanda-t-il dans un chuchotement, qui résonna entre les parois métalliques.

                -Oui, Lui répondit-elle sur le même ton.

                -Vic, nous sommes dans un carrefour, Ajouta-t-il à l’intention de leur ami, par le biais du micro. Lequel
doit-on prendre ?

Aussitôt, la voix de Victor se fit entendre, fine et lointaine, dans leurs écouteurs :

                -Prenez celui de droite, et continuez jusqu’au bout en ignorant les autres intersections. Vous arriverez
directement sur la salle d’exposition.

                -On y va, Lança Mélina après avoir ranger les ventouses dans son sac.

Elle avança à quatre pattes, et Nicolas l’imita aussitôt. La voix de Victor résonna encore dans les oreillettes :

                -Vous ne pouvez pas vous tromper, à un moment donné, vous allez entendre de la musique.

                -Ah oui, c’est vrai ! S’exclama Mélina. La fête bat son plein.

                -Tais-toi sœurette et avance ! La gronda Nicolas.

                -Oh, ça va ! Bougonna-t-elle sans s’arrêter.

Ils continuèrent sans un bruit, et passèrent deux autres carrefours. Quelques
minutes après, une musique entraînante se fit entendre, dans un éco rapproché.
Le son était étouffé, et se fit de plus en plus nette au fur et à mesure qu’ils
s’approchaient de la grille. La lumière qui y passait, éclairait faiblement
cette partie du conduit. Mel arriva devant l’ouverture, et pencha la tête
au-dessus de la grille. Elle fit signe à Nicolas de s’approcher, sans quitter
des yeux le spectacle qui s’offrait sous son nez. Nicolas arriva à ses côtés et
pencha la tête dans la même direction. Mel tourna les yeux vers lui et sourit.

                -Qu’est-ce qu’il y a ? Lui demanda-t-il à voix basse.

                -Une chance que le conduit est large… Murmura-t-elle, malicieuse.

                -Qu’est-ce que tu t’insinues pas là ?

                -Oh, rien…

Nicolas la regarda en haussant les sourcils. Puis, il s’apprêta à ouvrir la bouche pour
parler, mais Mel lui fit signe de se taire, en posant un doigt sur sa bouche.

                -On a un boulot à accomplir, Chuchota-t-elle.

Elle se contorsionna pour enlever son sac, et l’ouvrit pour en sortir son arbalète
et plusieurs flèches. Nicolas ouvrit de grands yeux, et fronça les sourcils.
Mel comptabilisa dix personnes qui se trouvaient sous leurs yeux, et hocha la
tête. Elle prit une fléchette et l’inséra dans l’arbalète.

                -T’es folle où quoi ? Lui lança-t-il à voix basse. Nous ne sommes pas là pour tuer !

                -Du calme, frangin ! Ce sont des flèches anesthésiantes. Prends-donc l’autre arbalète dans mon sac et
aides-moi tu veux ? Une fois ce petit monde endormi, nous pourrons agir
tranquillement. Combien nous reste-t-il de temps ?

Nicolas arma son arbalète, et fixa sa montre.

                -Encore vingt minutes.

                -Alors, dépêchons-nous !

Nicolas souleva la grille sans bruit, et la déposa devant eux discrètement. Mel visa et
tira, aussitôt imitée par son frère. Les premiers invités touchèrent leurs cou,
comme si un moustique les avaient piqués. Pendant ce temps, Mel et Nicolas
armaient rapidement leurs arbalètes, et visaient chaque invité, qui tombait
dans un sommeil profond, s’écroulant sur le sol.

                -Je descends, Annonça Mel et laissant son sac à côté de son frère. Tu m’enverras ce dont j’ai besoin.

Elle pencha la tête dans le vide, et s’assura que tout le monde dormait. Puis, elle
passa les jambes dans l’ouverture, et sauta. Elle atterrit sur le pavé silencieusement,
et s’avança vers la petite vitrine où se trouvait La Belladone. La petite statue blanche luisait par endroit, grâce à
la lumière douce qui flottait sur ses formes. Mel siffla doucement, et leva la
tête vers l’ouverture, où son frère lui lança la petite visseuse. Elle
l’attrapa et s’attaqua aux quatre visses, qui se retirèrent sans bruit. Tout en
s’activant, la jeune femme jetait des regards sur la petite assemblée qui
dormait paisiblement. Les visses tombèrent une à une sur le sol. Puis, elle relança
la visseuse à Nicolas qui la réceptionna. Ensuite, elle posa ses mains sur la
vitrine, et souleva très lentement.

                -Prends ton temps, sœurette. Lui dit Nicolas, par le biais de l’oreillette.

En guise de réponse, elle hocha la tête, et se concentra sur sa tâche. Retenant sa
respiration, pour moins trembler, Mélina retira entièrement la vitrine du
socle, sans toucher aux infrarouges, qui brillaient autour de leur lueur
brillante. Tout en reprenant sa respiration, et en soupirant, elle posa
l’encadrement sur le sol, sans bruit. Elle jeta à nouveau un regard sur la
salle, et aperçut Richard Van Tassel, qui dormait. Elle sourit, puis reporta
son attention sur la statue. Elle siffla de nouveau, et attrapa un petit sac
qu’ils avaient rempli de sable. Celui-ci pesait vingt-cinq kilos, comme la
statue. Mel se dégourdit les doigts, et positionna le sac à côté de La Belladone. Tout doucement, elle fit
glisser le sac et la statue, jusqu’à ce que celui-ci ai prit entièrement sa
place. Rapidement, elle emballa la statuette dans un tissu que lui avait jeté
Nicolas, et la lui lança. Puis, elle déposa sa carte de visite sur le sac avec
un sourire satisfait. Elle s’apprêtait à sauter, quand une voix grave dans son
dos, la fit sursauter :

                -Vous n’allez quand même pas me fausser compagnie ?

Elle se retourna et vit un homme de l’autre côté de la pièce, qui avançait
tranquillement vers elle. Elle ne remarqua qu’une seule chose : ses yeux
bleus. Il possédait des yeux d’un bleu glacial, presque sombre et la fixait
d’un air menaçant. Elle se sentit paralysée par ce regard froid, et le voyait
approcher dangereusement.
Et plus il approchait, plus il était grand. Nicolas la sortit de sa torpeur, et
siffla pour la faire réagir. Aussitôt, elle leva la tête et sauta prestement
vers les bras que lui tendait son frère. Il la hissa en une fraction de secondes.
Elle échappa de justesse aux mains de l’inconnu qui les fixa de ses yeux
sombres. Mel plongea une dernière fois ses yeux dans les siens, puis partit.
Peu de temps après, l’alarme retentit dans le musée.

                -Dépêchons-nous ! Lança Nicolas en se dirigeant vers la sortie. Nous n’avons plus beaucoup de temps.

Ils se dépêchèrent de rejoindre le conduit vertical. Quelques minutes passèrent
quand ils l’atteignirent. Aussitôt, ils enfilèrent les ventouses, et gravirent
les quinze mètres avec la seule force de leurs bras. Le temps pressait, et ils
montaient rapidement. Ils arrivèrent à la porte de sortie, et grimpèrent
par-dessus. A peine furent-ils arrivés sur le sol en béton du toit, qu’une porte
s’ouvrit avec fracas à l’autre bout. Nicolas et Mélina se retournèrent pour
apercevoir l’inconnu, qui courait vers eux, une arme à la main.


 

                -Merde, tirons-nous !
S’écria Nicolas, en lui prenant la main.