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L’Almadie mouilla l’ancre, au large des îles Canaries, plus précisément face à Santa Cruz De Tenerife. Son équipe sortit les combinaisons et tout le matériel nécessaire pour la plongée. Johan sortit de la cabine avec Gilles, seulement vêtu de son maillot de bain et rejoignit les autres sur le pont. Le soleil nimbait les archipels de ses rayons chauds, et la mer paisible scintillait doucement. Johan, les mains sur les hanches, regarda la terre au loin, d’où il pouvait voir des milliers de personnes, qui bronzaient sur la plage, où se baignaient dans l’eau transparente. Ils ressemblaient plus à des petits points, qu’à des corps, tellement ils étaient loin.

C’était la période estivale, et les touristes débarquaient en nombres. Johan n’avait jamais aimé la foule. C’était un solitaire, un amour des mers et des épaves de bateaux. Ce fut d’ailleurs à cause de sa passion que son ex-femme le quitta. Il l’avait délaissé involontairement, trop absorbé par sa passion. Il recherchait les bateaux et les trésors enfouis sous les mers. Il avait parcouru le globe, et trouvés de nombreuses épave de galions, de yacht ou encore de pétroliers. Cela lui était arrivé de travailler pour des grosses entreprises, pour partir à la recherche de bateaux industriels, qui avaient sombrés. Et cette fois-ci, il atteignait le sommet de sa carrière. S’il trouvait le Dark Angel,  ce serait l’issue d’une longue et périlleuse aventure. Car L’Ange était loin d’être idiote, et avait su préserver ses trésors, en plaçant des pièges mortels. Mais Johan et son équipe étaient des chercheurs chevronnés, et avait enfin trouvé sa caverne d’Ali Baba.

            -Nous arrivons au but, l’Ange, murmura-t-il, en plongeant son regard couleur acier sur la surface de la mer.

            -Tout est prêt ! Lança Gilles, au loin.

Johan se retourna et s’approcha de son équipe. Chacun avait enfilé sa combinaison et réglait le manomètre de leurs bouteilles d’oxygène. Johan enfila sa combinaison et saisit ses bouteilles pour vérifier les branchements. Puis, il les mit sur son dos, et ramena le recycleur vers sa bouche, avant de mettre son masque. Il saisit ses palmes, et s’assit sur la balustrade pour les mettre. Armé d’un couteau de plongée, il vérifia sa ceinture, et l’heure sur sa montre étanche. 13 heures. Ils en avaient pour un bon bout de temps, à chercher l’épave. Car si le Dark Angel reposait bien au fond, il devait se trouvé à environ cinquante mètres, à cause de la roche qui reposait en-dessous d’eux.

Gilles et Carlos s’assirent à ses côtés, prêts à plonger aussi.

            -Faites attention à vous, les gars ! Dit Charles, en branchant une mini caméra sur l’épaule de Gilles.

            -T’inquiète ! Lança Gilles en souriant.  On est des pros de la plongée.

            -Allons-y ! Dit Johan, en mettant son masque et son recycleur.

Gilles et Carlos l’imitèrent aussitôt, et ils basculèrent en arrière, pénétrant dans l’eau profonde. Le silence les entoura subitement, seulement troublé par les bulles qui s’échappaient de leur recycleur. Le soleil pénétrait au travers de l’eau, et miroitait par endroit, au dessus de leurs têtes. Les poissons multicolores s’écartèrent à leurs arrivées, mais certains revinrent faire les curieux. Johan admira les récifs et les coraux, devenus fragiles à cause de la pollution. Un poisson clown montra le bout de son nez, caché dans une anémone aux couleurs chatoyantes. Il tendit le doigt vers le petit poisson, qui rentra aussitôt dans sa maison naturelle. Il ne put s’empêcher de sourire, amusé par la curiosité du petit animal. 

Johan et ses amis s’enfoncèrent dans la noirceur de la mer, pénétrant dans les ténèbres, où de plus gros poissons s’y trouvaient, comme les requins. Des rochers se présentèrent sous leurs yeux, et Johan vit un Rascasse rouge. Le poisson hideux, ne formait qu’un seul élément avec la roche, et ne bougeait pas. Seule, sa bouche s’ouvrait très lentement, pour respirer. Le soleil n’éclairait presque plus l’endroit, les plongeant dans une pénombre glaciale.

Gilles alluma sa torche, aussitôt imité par Carlos et Johan. Il leur fit des signes, pour indiquer qu’il fallait descendre plus bas. Johan et Carlos acquiescèrent en levant le pouce, et le suivirent. Brusquement, Johan sursauta en voyant une murène. Celle-ci ouvrit sa large gueule, et ne bougea plus en le voyant s’approcher. Elle était dissimulée dans la roche, et l’on ne pouvait voir que sa tête. Johan continua sa descente, vers les profondeurs de l’océan. Il regarda sa montre, et vit qu’ils étaient à cinquante cinq mètres de profondeur. Il baissa sa torche vers le fond, et aperçut à ce moment là, un visage en bois, verdi par le temps et les algues. Un visage de femme. C’était la figure de proue du Dark Angel. Elle le regardait de ses yeux sombres. Elle était là, reposant depuis presque trois siècles, attendant qu’un chasseur d’épave viennent la retrouvée. Et ce fut lui, qui la trouva à ce moment là, avec ses compagnons. Il sentit une bouffée de joie l’envahir, et il posa ses yeux sur ses amis, qui avaient eux aussi, aperçut le visage. Ils se firent des signes de victoire, montrant ainsi le bonheur qu’ils avaient d’être là, à regarder cette figurine. Johan sortit un appareil photo de sa ceinture, et prit des clichés du visage. Puis, ils suivirent la coque du bateau, qui était brisée en deux. Le bois du bastingage avait subit des dégâts, remarqua Johan, et le mât central ne se trouvait plus sur ce qui restait du pont. La bataille avait du être rude, pensa-t-il, en tombant sur une épée planté dans le bois. Il la prit en photo, et fit signe à Gilles, qui vînt la récupérée, pour la mettre dans un filet. Ils pénétrèrent à l’intérieur de la coque, où des bancs de petits poissons nageaient tranquillement. Des tonneaux de rhum, de poudre, des canons et boulets, se trouvaient encore là, entourés de nombreuses cordes, et squelettes. Gilles tapota l’épaule de Johan, et lui fit signe qu’il allait sur l’autre partie séparée du bateau. Johan leva son pouce en guise d’accord, et reporta son attention sur les nombreux morts, qu’il y avait sous ses yeux. Il n’aurait pu en dire le nombre,  mais il savait que le carnage de la bataille avait fait de nombreux morts dans les deux camps. Il découvrit même le squelette d’un chat. Ces animaux étaient très appréciés, à l’époque sur les navires, pour chasser les rats. Des morceaux de cordes, flottaient doucement, usés et rongés par le sel. Il n’y avait rien par là, pensa Johan.

Il ressortit, dans l’intention de rejoindre les autres sur la poupe, mais un scintillement attira le coin de son œil. Il tourna la tête vers la petite lueur, qui brillait doucement. La petite lumière rouge, semblait clignotée lentement, comme un appel muet. Bizarrement, il ne l’avait pas vu quelques instants plus tôt. Ce fut comme si elle venait tout juste de se réveiller. Il nagea vers la lumière, passant au-dessus des débris d’ossements humains, et brandit sa torche vers cette lueur, qui devenait de plus en plus proche. Ce fut alors, que son cœur manqua un battement. Le souffle court, Johan rencontra pour la première fois depuis six ans, les restes du corps de l’Ange du Diable. Elle était là, appuyée contre un panneau de bois, qui avait sûrement été une porte. Elle avait une pose semi-allongée, et ses cheveux encore fixés sur son crâne, flottaient en apesanteur. A ses côtés, gisait son arme favorite, une hache aux lames tranchantes, mais qui à présent étaient rongées par le sel. Ses orbites sombres le fixaient sans le voir, et des algues s’étaient accrochées sur ses côtes. Sa mâchoire retombait, d’où ses dents lui souriaient, comme si elle était heureuse de le rencontrer. Johan s’approcha un peu plus du corps de l’Ange, pour observer le célèbre bijou, qui tenait encore autour de son cou. Il semblait être incrusté dans l’os, et brillait doucement. Il leva les yeux, cherchant la moindre lumière, qui aurait pu le faire briller, mais il n’y avait rien. Que l’obscure noirceur des lieux, cachés de la lumière du soleil. Seules les ténèbres envahissaient l’endroit, refroidissant l’eau de plusieurs degrés. Il n’y avait plus les poissons aux couleurs variés, mais seuls ceux qui vivaient dans l’obscurité. C’était un autre monde, ici. Sans lumière, et avec une vie quasi inexistante. Johan reposa son attention sur l’Ange, qui le fixait toujours, quand soudain, une sorte d’anguille sortit de son œil gauche, le faisant sursauter. Johan poussa un soupir de soulagement en reconnaissant la variété du poisson, qui glissa vers une autre cachette. Mais ce qui l’intrigua le plus, c’était le rubis, qui brillait, alors qu’aucune source de lumière ne pouvait le faire réagir. Etait-ce une réaction du à la froideur des lieux ? Il n’aurait su le dire, mais même si le fait de voir ce collier réagir ainsi à son approche, il ne pouvait s’empêcher de frémir. Se pouvait-il donc que le célèbre collier soit vraiment maudit ?

Soudain, le rubis eu un éclat éblouissant, et Johan du se protéger les yeux de sa main. Il vit alors une chose d’étrange lui apparaitre. Le visage d’une femme démon, au visage blanc comme la mort, et aux yeux luisant comme les flammes de l’enfer, le fixait et hurlait de fureur.

Johan paniqua, et tenta de reculer, mais une main translucide lui saisit le poignet, et il sombra dans l’inconscience.

 

 

 

            Johan revenait peu à peu à lui. Le tangage régulier lui rappela qu’il se trouvait sur l’Almadie. Le soleil réchauffait sa peau, tandis qu’il entendait des voix autours de lui et sentait leurs ombres, par moment. Il sentait l’inconfort d’un tas de cordes sous lui, mais n’osait pas bouger, à cause des voix, qu’il ne reconnaissait pas.

            -Qu’est-ce qu’il fait là, celui-là ? Lança durement une voix féminine.